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Représentant du FMI en Mauritanie : « La stabilité macroéconomique est une condition nécessaire mais pas suffisante pour améliorer le bien être des populations »
mercredi 7 mars 2012
Taux croissance du PIB réel qui devrait se situer à 4,8% en 2011, l’inflation contenue à environ 6%, le déficit budgétaire à 1% seulement du PIB, hors pétrole et les réserves de change à un niveau record de 445 millions de dollars…les indicateurs macroéconomiques de la Mauritanie sont au vert. Cependant, pour Tijani Najeh, représentant du FMI en Mauritanie, la stabilité macroéconomique est une condition nécessaire mais non suffisante pour améliorer le bien être des populations mauritaniennes. »
Le programme du gouvernement bénéficie de l’appui du FMI dans le cadre de la facilité élargi de crédit. Cet appui de 118 millions de dollars a été approuvé par le Conseil d’administration du FMI le 15 mars 2010 pour une période de trois ans 2010-2012. En vue de permettre à ce programme d’atteindre ses objectifs, le FMI a fourni à la Mauritanie depuis septembre 2009, environ 40 missions d’assistance technique en faveur des finances publiques, du système bancaire et du secteur réel. Le programme a fait l’objet de trois revues qui étaient concluantes dont la dernière en date est celle du 12 décembre 2011.
Réserves de change 445 millions de dollars
Le constat fait par le : FMI « depuis la mise en œuvre du programme, la croissance économique a repris et la stabilité macroéconomique a été rétablie et ce, en dépit du niveau élevé des prix internationaux des produits énergétiques et alimentaires et de l’impact à court terme de la sécheresse. » Ainsi « soutenue par une croissance rapide des industries manufacturières, le taux de croissance du PIB réel devrait se situer à 4,8% en 2011 malgré le ralentissement de la production agricole, l’inflation a été contenue à environ 6%, le déficit budgétaire à 1% seulement du PIB, hors pétrole et le déficit du compte courant s’est réduit à 5,3% du PIB. Les réserves de change ont atteint un niveau record de 445 millions de dollars permettant ainsi de couvrir 3,6 mois d’importations. » D’autres progrès jugés encourageants ont été enregistrés au niveau de plusieurs réformes économiques. Et « ces résultats positifs ont permis la satisfaction de tous les critères de réalisation du programme dans un contexte national et international difficile. » Toutefois, « les défis posés par la sécheresse et la récession en Europe peuvent se traduire probablement par une révision à la baisse du taux de croissance qui se situerait à environ 4% seulement pour l’année 2011. » Quant aux perspectives économiques pour 2012, elles sont en cours d’élaboration et « refléteront les effets potentiels négatifs de la conjoncture nationale (sécheresse) et internationale (récession en Europe).
Monsieur Najeh précise cependant que « la stabilité macroéconomique est une condition nécessaire mais non suffisante pour améliorer le bien être des populations mauritaniennes. » Le taux de croissance, selon lui, « reste insuffisant pour que la croissance soit plus inclusive et en mesure de résorber le chômage dont le taux se situe à 31,2 % et touche de plus en plus les jeunes dont 80% sont des primo demandeurs d’emplois. » Cette croissance demeure également « insuffisante pour réduire de façon significative la pauvreté qui touche 41,8% de la population selon l’enquête EPCV 2008. »
Créer les conditions favorables a une croissance inclusive
Que faut-il faire pour assurer d’avantage d’inclusivité à la croissance ?
« des efforts intenses pour approfondir davantage les reformes économiques permettant d’améliorer le climat des affaires et la gouvernance, permettre un plus grand accès des PME au financement, mieux orienter et cibler les subventions, assurer une meilleure adéquation de la formation avec les besoins du marché du travail et améliorer de plus en plus la qualité de la formation professionnelle. » C’est ainsi que Le FMI travaille dans le cadre du programme conjointement avec les autres partenaires au Développement pour faire progresser ces réformes qui peuvent diversifier la base productive de l’économie et améliorer davantage les perspectives d’employabilité des jeunes et réduire la pauvreté.
Nouvelle approche
Le FMI, dans les opinions publiques mauritanienne et africaine est encore perçu à travers les douloureux programmes d’ajustement structurel des années 80. L’organisation, selon Monsieur Najeh « a évolué au fil du temps et a adapté son approche pour répondre au mieux aux besoins de ses pays membres. ». Ainsi « le FMI ne se cantonne pas à réaliser la stabilité macroéconomique qui demeure le cadre adéquat pour la conduite des autres réformes soutenus par les partenaires au développement, mais s’intéresse et travaille avec les autorités et les autres partenaires sur des questions aussi diverses que l’impact social du programme, l’amélioration de la gouvernance, l’emploi et la croissance inclusive. » Pour le cas spécifique de la Mauritanie « en plus des critères de réalisation quantitatifs portant sur des agrégats monétaires et financiers, le programme du gouvernement que le FMI soutient, prévoit également un objectif indicatif sur les dépenses pro pauvres d’un montant de plus de 100 milliards de MRO qui a été réalisé par les autorités en 2011. » Toujours pour la Mauritanie, « le FMI encourage le gouvernement et lui fournit l’assistance technique pour aider à un meilleur ciblage des subventions afin qu’elles bénéficient aux populations les plus nécessiteuses. » les autorités ont ainsi établi dans le cadre du programme « un repère structurel sur la réalisation de l’enquête actuellement en cours sur la pauvreté et la vulnérabilité à Nouakchott et qui sera étendue à l’ensemble du territoire ultérieurement » Par ailleurs, « le FMI accorde aussi de l’importance au programme EMEL 2012 et considère que c’est une réponse adéquate à la situation de la crise alimentaire due à la sécheresse et à es effets sur les populations et le cheptel. ». Les autorités ont élaboré une évaluation du programme de solidarité 2011 pour en tirer les leçons permettant les meilleures conditions d’exécution de programme EMEL 2012.
Ensuite « L’approche du FMI en matière de communication et de concertation a également beaucoup évolué. » C’est ainsi que le rapport de revues du programme est posté sur le site du FMI et accessible à tous dès son approbation par le Conseil d’administration. Il est également diffusé à grande échelle aux opérateurs nationaux et aux partenaires au développement. Par ailleurs, des rencontres sont organisées pendant et en dehors des missions avec les partis d’opposition aussi bien qu’avec les représentants de la société civile dont notamment le patronat, les syndicats, les ONG et le milieu financier et académique.
Khalilou Diagana
Source : Le Quotidien de Nouakchott