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Mauritanie : Une étude met en exergue l’endettement des fonctionnaires
samedi 24 décembre 2011
Une ONG mauritanienne a publié une étude aux résultats inquiétants sur la santé financière des fonctionnaires.
Une majorité importante d’employés du secteur public en Mauritanie sont en situation d’endettement dans les banques, montre une étude récente.
Près de 96 pour cent des salariés sont endettés, révèle une étude menée par le Centre Al-Sahara d’études sur les travailleurs mauritaniens. Ils sont 88 pour cent à dire qu’ils seraient prêts à emprunter à nouveau dès la fin du remboursement de leurs prêts en cours. Cette enquête a porté sur un échantillon de 100 employés travaillant dans différents secteurs à Nouakchott.
"L’une des raisons qui font que les employés mauritaniens obtiennent des prêts bancaires, qui ne sont pas souvent des prêts avec des facilités de paiement, c’est la crise économique générale et la sécheresse qui brandit la menace d’une saison économique difficile en 2012, selon ce qu’a annoncé cette semaine le gouverneur de la Banque centrale", a expliqué à Maghrebia l’analyste en économie Sida Ould Ahmed. "A cela vient s’ajouter les hausses répétées du prix des carburants".
Et d’ajouter : "S’y greffe un autre problème lié à la valeur nominale du revenu (équivalent monétaire), qui n’est pas du tout adaptée au pouvoir d’achat de l’unité monétaire, c’est-à-dire que les employés ont des salaires fixes et qu’en même temps, ils doivent acheter des produits dont les prix augmentent chaque jour".
"La raison en est que la Mauritanie importe la plupart des denrées, dont le blé, le riz et le sucre ; cela crée une crise économique qui les oblige à recourir à l’endettement", explique Ould Ahmed. "De plus, il y a d’autres facteurs non économiques à ce problème, à savoir le fait que l’employé mauritanien n’assure pas seulement ses besoins et ceux de sa famille, mais qu’il dépense aussi de l’argent pour une dizaine de personnes. Ces obligations sociales ne peuvent être couvertes par le salaire".
Cette pratique a des implications profondes sur l’économie mauritanienne, explique-t-il, parce qu’elle "affaiblit le niveau de l’épargne et des investissements locaux".
Pour sa part, le ministre du Secteur public, Matt Bint Hamadi, a expliqué à Magharebia que "les employés doivent être protégés, et le gouvernement prête une grande attention à la question des salaires, et augmente ces derniers en permanente pour garantir aux employés des conditions de vie satisfaisantes".
Mais pour Hadmain Ould Saif Sid, père de trois enfants, ces mesures gouvernementales ne sont pas suffisantes. Il a souscrit quatre prêts depuis qu’il a commencé à travailler, il y a dix ans, et il a fini de rembourser le dernier en 2008. Ould Saif Sid se dit prêt à souscire un nouvel emprunt l’année prochaine.
"Au vu d’un salaire faible, il est impossible d’assurer tous les besoins de la famille, l’école des enfants et les vacances d’été, sans parler des obligations sociales", ajoute-t-il. "Vous avez toujours besoin d’un prêt qui vienne vous aider à couvrir vos dépenses. J’ai été en mesure d’acheter un terrain résidentiel, mais je n’ai pas pu y construire ma maison jusqu’à maintenant. Les augmentations de loyer et la hausse continue des prix créent un problème permanent".
Une étude menée en 2006 par des experts internationaux a révélé qu’un sous-secrétaire d’Etat dans un ministère assurait les besoins d’une famille de cinq personnes tout en vivant sous le seuil de pauvreté, explique l’analyste financier Sid Ould Walid.
"Les postes disponibles dans le service public en Mauritanie commencent aux niveaux suivants : AA, A, B, C et D. Les employés détenteurs de degrés au-delà de AA sont susceptibles de recevoir des prêts en raison de leurs bas salaires", indique-t-il. "C’est malheureux que ces niveaux se concentrent majoritairement sur des secteurs qui ont un impact direct sur la vie des citoyens, à savoir les employés des secteurs de la santé, de l’éducation et de la justice".
A son tour, al-Mustafa Ould Badreddine, député du parti d’opposition de l’Union des forces du progrès (UFP), affirme à Magharebia que les salaires des "employés en Mauritanie sont inférieurs à ceux des pays voisins, le Mali, le Sénégal, l’Algérie et le Maroc". "La dernière hausse des salaires a été octroyée en janvier 2008, durant le mandat de l’ancien Président Sidi Mohammed Ould al-Sheikh, et elle était de 10 pour cent", dit-il.
Rapport Magharebia